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Il ne faut pas réveiller les problèmes tant qu’ils dorment. Les marchés n’aiment pas le changement, et la Federal Reserve encore moins. C’est pourquoi le rapport sur l’inflation américaine de juillet, très proche des prévisions, a été un véritable cadeau pour les traders de l’EUR/USD.
Selon le Bureau of Labor Statistics, l’indice des prix à la consommation de base (core CPI) a augmenté de 0,2 % sur un mois et de 2,5 % sur un an — son rythme le plus lent depuis mars 2021. L’indice global des prix à la consommation n’a progressé que de 0,1 % sur un mois. Le différentiel de taux d’intérêt qui pesait sur la monnaie unique ces derniers mois commence à perdre de sa force : selon CME Group, les marchés à terme intègrent désormais une probabilité de 58 % que la Fed maintienne ses taux en septembre, contre 54 % avant la publication et 52 % la veille.
Certains investisseurs doutent même qu’il soit judicieux de relever les taux à présent. Ils estiment qu’un resserrement monétaire de la Fed à ce stade ne ferait qu’accentuer les difficultés de l’économie sans résoudre les problèmes d’offre. Les déclarations des membres du FOMC ne bénéficient plus d’une confiance inconditionnelle, mais le marché a entendu exactement ce qu’il voulait — et l’euro a pu reprendre son souffle.
Cependant, il est encore trop tôt pour se réjouir. Le retour des droits de douane, déclarés illégaux par la Cour suprême, est en train de se transformer en un stimulus budgétaire inattendu : plus de 40 entreprises du S&P 500 ont déjà annoncé des remboursements totalisant 9,6 milliards de dollars, et l’agence des douanes a approuvé 128,7 milliards de dollars pour traitement. Cela pourrait raviver le récit de l’exceptionnalisme américain, qui a à plusieurs reprises réduit à néant les espoirs sur l’EUR/USD.
Dans le même temps, Deutsche Bank Research avertit que les marchés intègrent dans les prix un scénario « Goldilocks » — croissance robuste, banques centrales ne resserrant la politique monétaire que modérément, et chocs d’offre ne s’avérant que temporaires. En réalité, il s’agit d’une combinaison excessivement optimiste, qui laisse peu de marge d’erreur. La fermeture du détroit d’Hormuz ou une nouvelle escalade pourrait, en une seule journée, raviver la demande de dollar en tant qu’actif refuge, effaçant tous les gains de l’euro.
Néanmoins, tant que les problèmes restent en sommeil, l’EUR/USD a une chance. L’atténuation de la rhétorique hawkish de la Fed réduit la prime liée au resserrement, et des investisseurs épuisés par le FOMO — la peur de passer à côté — considèrent volontiers une pause dans la restriction monétaire comme un prétexte pour acheter du risque. La divergence entre une Fed prudente et une Banque centrale européenne silencieuse joue temporairement en faveur de la monnaie régionale.
Pendant ce temps, la BCE reste silencieuse, laissant au dollar américain le droit de faire le premier mouvement. Le silence, cependant, est aussi une position, et le marché peut l’interpréter comme il l’entend.
Les ennuis se réveilleront-ils avant que l’euro n’ait le temps de profiter de cette respiration ? Je doute que le calme dure longtemps.
D’un point de vue technique, sur le graphique quotidien, l’EUR/USD se bat pour la ligne 2-4 de la figure Wolfe Wave. Un rebond sur ce niveau est un bon signe pour les haussiers. Les chances de poursuite du rally restent intactes. Une cassure à la hausse de la juste valeur à 1,154 $ sera un signal pour ouvrir des positions longues sur l’euro.